Bien qu'elles aient coexisté pendant plusieurs dizaines d'années, l'architecture romane est antérieure à l'architecture gothique, qui est plus tardive. Ce qui les distingue est pour l'essentiel une question de niveau de développement technique. Mais l'esprit et l'attitude vis-à-vis du divin qu'elles supposent l'une et l'autre sont également différents. En d'autres termes, on ne rend pas hommage à Dieu de la même manière dans une église romane que dans une église gothique.
L'architecture romane fait son apparition en Europe aux alentours du Xe siècle, grâce aux maçons lombards, qui sont les héritiers directs des techniques de construction romaines, et plus particulièrement de la voûte. Et c'est bien là, en effet, ce qui caractérise l'architecture romane : la voûte en arc de plein cintre, autrement dit, en forme de demi-cercle. Le seul inconvénient avec cette technique, c'est que le poids de ce type de voûte, très lourde, repose entièrement sur les murs. Ce qui force à construire ces derniers très épais et en limitant au maximum les ouvertures pour ne pas les affaiblir.
En dépit de ces contraintes, les églises romanes fleurissent dans toute l'Europe. En quelques dizaines d'années, celle-ci sort de la barbarie du haut moyen-âge et entre dans l'ère des bâtisseurs de cathédrales. Ne suffit-il pas d'évoquer les noms magiques de l'abbaye de Cluny, de l'abbatiale de Fontevraud, du porche de l'église de Moissac ou du cloître de Saint-Guilhem-le-Désert pour voir se lever dans notre mémoire tout un bouquet de fleurs minérales écloses à la face du Ciel en des temps très anciens ?