Ma façon d'exister : le théâtre contemporain . Quand j'étais une petite fille, une expression m'intriguait et me ravissait "monter sur les planches". Je la répétais en chantant sur tous les tons. Un jour ma mère m'entendit et se mit à chantonner à son tour " monter sur les planches signifie théâtre". À partir de ce jour, je décidai de devenir comédienne de théâtre. Non pas comédienne de cinéma, comédienne de théâtre !
En classe de quatrième de Collège, le professeur de Français, folle de théâtre, eut l'idée de nous faire étudier et apprécier les textes inscrits au programme, en nous proposant de les jouer, de les vivre. Elle avait inscrit dans l'emploi du temps du samedi matin : pièce de théâtre. À partir de ce moment, pour moi école signifiait études sérieuses, car le professeur avait posé une condition : théâtre serait la récompense de bons résultats dans les autres matières.
Elle incita les autres professeurs à penser programme comme quelque chose de vivant. Une association intéressanté vit le jour : école-ville-théâtre. La municipalité vit, dans le théâtre, une façon intelligente pour les enfants de s'exprimer, de se socialiser. Lors du vote du budget, elle inscrivit dans la partie dévolue à l'éducation : recrutement de spécialistes de théâtre (comédiens, techniciens...). Ces derniers mirent en place cours et stage. Les amateurs étaient nombreux : enfants, adolescents...
Puis, j'ai quitté le Collège. Au Lycée puis à l'Université, j'ai mis sur pied une activité intitulée : théâtre amateur. Connaissez-vous le sens du mot amateur ? C'est celui qui aime sans condition sans souci du gain. Cela m'a coûté beaucoup de travail, mais tellement de bonheur !
Mes études en Sciences de la Communication terminées, je suis partie à Paris. J'ai fréquenté ces lieux intimes, accueillants où tout en consommant on souriait ou on riait franchement aux plaisantéries, aux calembours, d'artistes chevronnés ou débutants. On pouvait remarquer un certain Coluche au "Café de la Gare". Le nom même du lieu montrait l'humour des acteurs. On était invité dans ce lieu, accueilli par ces mots "C'est moche, c'est sale, c'est dans le vent ". Telle était la devise de ce genre original nommé café théâtre.
Le théâtre classique de la Comédie française me parut admirable, impeccable. Les textes de Molière, Racine étaient respectés à la virgule près. Mais je suis tombée amoureuse d'un univers fascinant : le théâtre contemporain. Des espèces de monstres sacrés aux noms étranges, Ionesco, Beckett faisaient accourir des foules de spectateurs à la présentation de leurs oeuvres : La Cantatrice chauve, En attendant Godot...Pour eux, le théâtre c'est le monde des contraires : parodie et tragédie, colère et contemplation, vie et mort. C'est ce qui définit ce à quoi j'ai consacré mes espoirs, mes rêves, ma vie : le théâtre contemporain !