Même les personnes que la poésie laisse totalement indifférentes ont sans doute au moins une fois dans leur vie entendu ces vers, ne serait-ce que sous la forme de la chanson qu'en a tirée Léo Ferré :
"Sous le pont Mirabeau
Coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours
Après la peine
Vienne la nuit
Sonne l'heure
Les jours s'en vont
Je demeure"
Ces vers très célèbres sont tirés du recueil de poésie de Guillaume Apollinaire intitulé "Alcools". Le recueil en question a été publié en 1913, alors que le poète était âgé de 33 ans et qu'il ne lui restait plus que 5 ans à vivre.
En dehors du fait qu'il a été un des plus grands poètes du XXe siècle, Guillaume Apollinaire a joué un rôle majeur dans l'aventure de l'art moderne. Ami de tous les grands peintres de son temps, et en particulier de Picasso ou du Douanier Rousseau, il a largement contribué à les défendre et à les faire connaître auprès du grand public. C'est aussi à lui que l'on doit l'invention du mot "surréalisme".
Au début du XXe siècle, la poésie, cette vieille dame, retrouva soudain un regain de jeunesse et Apollinaire en fut assurément le plus habile et talentueux chirurgien esthétique. Le poème "Zone" donne le "la" de sa manière : "Bergère, ô Tour Eiffel/Le troupeau des ponts bêle ce matin".
Dans le recueil "Alcools", il ne faut s'attendre à une quelconque apologie de la boisson écrite par un poète ivrogne. L'ivresse dont il s'agit est celle de la poésie, celle du monde moderne alors si plein de promesses encore, celle des aéroplanes et des grands magasins. Apollinaire y fait preuve d'une fraîcheur et d'un bonheur que l'on retrouvera dans ces autres recueils que sont "Caligrammes" et les "Poèmes à Lou".