Aujourd’hui, il n’y a plus guère que les centres équestres et les haras pour utiliser les compétences des derniers maréchaux-ferrants qui sont devenus, pour la plupart, itinérants.
Naguère, dans chaque village, il y avait un maréchal-ferrant que l’on voyait travailler en allant à l’école. Quel spectacle pour les enfants que nous étions de voir comment les hommes s’y prenaient pour faire entrer l’étalon ou le cheval de trait dans le travail, sorte de stalle étroite et très solide.
La phase suivante n’était pas de tout repos non plus, car il fallait soulever l’énorme patte velue de l'animal et la bloquer ensuite en position, de façon à pouvoir ôter le fer à cheval usagé, et préparer le sabot.
La dernière phase n’était pas moins spectaculaire et nous étonnait beaucoup aussi, car le fer à cheval était cloué directement dans le pied de l’animal, tout cela dans une odeur de corne brûlée qui reste dans l’esprit, un peu comme la madeleine de Proust. Heureusement, le maréchal-ferrant, surpris de voir nos visages apeurés, ne manquait pas de nous expliquer que les clous ne traversent que la corne du pied, partie complètement insensible.
Ainsi doté de «nouvelles chaussures», le cheval était-il fier en rentrant à l’écurie? Personne n’en a jamais rien su… En revanche, il n’échappait à personne que ces nouveaux fers à cheval donnaient à l’animal une marche un peu hésitante et mal assurée, ponctuée d’étincelles, juste le temps de s’adapter à son nouvel équipement.