Epictète est un philosophe stoïcien qui naquit en 50 apr. J.-C. à Hiéropolis, en Phrygie, et qui mourut aux environs de 125-130 apr. J.-C. Très jeune, il entre comme esclave au service d'Epaphrodite, qui était lui-même un esclave affranchi de l'empereur Néron. Il suivit apparemment les cours du philosophe Musonius Rufus, sans qu'on sache très bien dans quelles conditions. Il fut finalement lui-même affranchi par Epaphrodite et voua ensuite le reste de sa vie à l'enseignement de la doctrine stoïcienne.
Dans son "Manuel", petit ouvrage qui constitue une sorte de pense-bête pour l'apprenti philosophe, Epictète énonce d'entrée de jeu le principe sur lequel repose toute sa philosophie. Ce principe consiste tout bonnement à savoir faire la distinction entre les choses qui dépendent de nous et les choses qui ne dépendent pas de nous. Par exemple, la santé ou la fortune ne dépendent pas de moi, ou du moins pas entièrement, car elles sont liées à des circonstances sur lesquelles je ne peux rien. Pratiquer la justice ou la bonté dépendent, quant à elles, complètement de ma volonté et rien ni personne n'est capable de m'empêcher de les pratiquer si je ne le veux pas.
Ce principe très simple constitue, à lui tout seul, le fonds du stoïcisme d'Epictète. Pour lui, c'est précisément sur la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous que repose finalement le bonheur de chacun. En effet, si je place mon bonheur dans la possession de la richesse, par exemple, je le fais entièrement dépendre des circonstances. Si je suis ou reste pauvre, tout en désirant être riche, je serai fatalement malheureux. Mais si, d'un autre côté, je deviens riche, je vivrai alors constamment dans la crainte de perdre ma fortune. En d'autres termes, je ne serai pas entièrement heureux dans ce cas-là non plus.
En revanche, si je fais reposer mon bonheur uniquement sur ce qui ne dépend que de moi, rien ne peut alors l'empêcher, sauf moi-même. Autrement dit, si je ne place mon plaisir et mon bonheur que dans les qualités qui font de moi un être humain et qui sont les seules choses sur lesquelles j'ai un pouvoir total : sociabilité, bonté, maîtrise de soi, courage, tolérance, etc., alors rien ne pourra jamais me rendre malheureux, si ce n'est, encore une fois, moi-même.