Dans les sociétés post-industrielles comme celles d’Amérique du Nord, d’Europe de l’Ouest, au Japon, la vaste majorité des citoyens ont un toit sur la tête, de quoi se nourrir et même, dans bien des cas, un accès universel à l’éducation et aux soins de santé. Mais une question demeure, cela suffit-il à nous assurer le bonheur? Si on en juge par l’incessant développement de la pharmacopée des antidépresseurs, anxiolytiques, antipsychotiques et autres stabilisateurs d’humeur, rien n’est moins certain.
Selon la revue WIRED, aux États-Unis, pour la seule année 2006, 227 millions de prescriptions ont été remplies. En tête de palmarès, les médicaments visant à soigner l’hyperactivité, comme le Ritalin, l’Adderall, le Provigil, le Métadate et le Focalin. Ce même magazine fait remonter à 1912, les débuts de ce type de médication, soit l’année du lancement du Luminal, par la compagnie Bayer. Ont suivi le Ritalin (1955), le Valium (1963), le Lithium (1970), L’Ativan (1977), le Zoloft (1991), pour n’en nommer que quelques-uns.
En cette matière, la France n’est pas en reste, puisqu’on y consomme deux fois plus d’antidépresseurs par habitant que dans tout autre pays d’Europe. Au pays d’Obélix, de Bourvil et de Coluche, la consommation de ce type de médicaments compte pour cinquante pour cent, en valeur monétaire, de tous ceux prescrits. En 1980, cette proportion était de trente pour cent.
Ces quelques données entrent en contradiction avec celles préparées par différentes organisations internationales qui au cours des dernières années, ont développé l’IBM, soit l’Indice du Bonheur Mondial. Selon des rapports préparés, entre autres, par la Banque Mondiale, l’Organisation Internationale du Travail et l’UNESCO, ils disposent en abondance des ingrédients dont le bonheur serait constitué.
Apparemment, il en va du bonheur comme de la fabrication de l’or. Nul alchimiste n’en a encore trouvé la recette, sauf peut-être Bobby McFerrin, auteur-compositeur du succès international des années 1970 Don’t Worry Be Happy.